Imaginez un dictateur qui décide de décimer sa population dans un but « prophylactique » afin d’éviter tout risque de révolte ou de révolution ; qui fixe les quotas du nombre d’ennemis potentiels à débusquer dans chaque région et indique par avance combien devront être exécutés et combien seront envoyés au Goulag, c’est-à-dire réduits en esclavage. Pensez qu’au même moment, dans le monde entier, des millions de prolétaires imaginent que dans le pays ou règne ce tyran se construit un avenir radieux, loin des crises, du chômage et de la misère causés par un capitalisme honni… Encore aujourd’hui, et bien que nous sachions que cela a été, il est difficile de se le représenter sans sombrer dans le fatalisme. Pourtant ce désastre fait partie de notre histoire – celle du mouvement ouvrier – et il faut la regarder en face pour s’efforcer de comprendre le comment et le pourquoi.

Prologue

Pour présenter le contexte, il est nécessaire de revenir en arrière, car la Grande Terreur n’est pas arrivée comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elle plonge ses racines dans la Grande Famine de 1932-1933 qui fit entre 6 et 8 millions de morts dans l’ensemble de l’URSS, notamment en Ukraine, où elle porte le nom d’Holodomor (extermination par la faim). Confrontées à une famine semblable en 1921, les autorités soviétiques avaient alors accepté l’aide internationale, mais au début des années 30, l’existence de la famine est niée par le pouvoir, ce qui constitue « un jalon majeur sur la voie de la fictionnalisation du discours politique »[1] qui s’étend tout au long des années 1930. En décembre 1935, quand Staline prononce pour la première fois la formule qui deviendra un slogan et un refrain : « la vie est devenue meilleure… la vie est devenue plus joyeuse », la situation économique s’est au contraire sérieusement dégradée pour la majorité. Le salaire moyen des ouvriers et des employés de l’industrie se situe en 1935-1936, aux environs de 55-60% du niveau de 1928.

La Grande Famine était elle-même une conséquence du Grand Tournant de 1928-1929 qui instaura, avec le 1er plan quinquennal, une véritable politique coloniale vis-à-vis de la paysannerie : confiscation des terres et du bétail, déportation des « koulaks » (paysans riches ou prétendus tels) en Sibérie ou dans d’autres régions inhospitalières, instauration d’un nouveau servage dans les kolkhozes et sovkhozes (fermes collectives) dans le but développer l’industrie lourde à marche forcée.

Le Grand Tournant, c’est l’abandon de la NEP (Nouvelle politique économique) qui avait été introduite en mars 1921 à l’initiative de Lénine et qui, paradoxalement, répondait à l’une des revendications des marins de Kronstadt dont la révolte venait d’être noyée dans le sang. La NEP permettait aux paysans de vendre librement leur production, moyennant le paiement d’un impôt, en lieu et place des réquisitions du « communisme de guerre » (1918-1921). Elle rétablissait aussi la liberté du commerce pour les PME. La NEP était critiquée par l’opposition de gauche au sein du parti bolchevik parce qu’elle constituait un développement du capitalisme (sous contrôle de l’Etat). Elle permit un meilleur approvisionnement des villes : les paysans n’avaient plus à craindre la confiscation des récoltes ou du cheptel et étaient incités à produire plus et à écouler leurs surplus pour gagner plus. Avec cette politique, Lénine prévoyait la constitution d’un prolétariat rural qui devait à terme rejoindre la classe ouvrière. Il pensait que ce processus prendrait des années.

Avec le Grand Tournant, Staline opère un virage à 180 degrés à la fin des années 20, en décrétant une économie entièrement « collectivisée », c’est-à-dire étatisée.[2] Par cette prétendue offensive du socialisme, il cherche avant tout à renforcer son pouvoir en provoquant l’affaiblissement de l’aile droite du Parti favorable à la NEP « en vue [de] la destruction du système de direction collégiale. La bataille qui s’ensuivit au sein du Politburo lui permit de constituer un nouveau clan majoritaire qui lui était pleinement acquis »[3]. Cette manœuvre faisait suite à celles les années précédentes, où le secrétaire général avait habilement su réduire les oppositions au sein du Parti ;[4] jouant l’arbitre entre les groupes rivaux ; donnant des coups de barre à gauche et à droite pour se débarrasser de ses adversaires les uns après les autres.[5]

Pour imposer le Grand Tournant, des brigades d’ouvriers et de jeunes communistes sillonnent les campagnes, réquisitionnent les récoltes (laissant les familles paysannes sans ressources) et commettent toute sortes d’exactions comme pendant la guerre civile. Peut-on pour autant établir une filiation directe et inévitable entre les deux périodes ? Un témoin de premier ordre comme Victor Serge hésite au moment de répondre à cette question. Dans un texte écrit durant l’été 1947[6], il situe le virage contre-révolutionnaire décisif en 1927-1928 quand « par un coup de force perpétué dans le Parti » l’URSS devient « un Etat policier-bureaucratique, réactionnaire… ». En fait, la nouveauté, c’est surtout que la répression qui s’abattait jusque-là sur celles et ceux qui refusaient la dictature du parti communiste, touche désormais les bolcheviks eux-mêmes.

Victor Serge dit aussi que « l’erreur la plus incompréhensible – parce qu’elle a été délibérée (…) fut de créer la Tchéka (…) qui jugeait les accusés et les simples suspects sans les entendre ni les voir (…), prononçait ses arrêts en secret et procédait de même aux exécutions… ». Or la Tchéka (police politique) – qui prendra ensuite le nom de Guépéou et qui sera absorbée en 1934 par le NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures) – a été créée par les bolcheviks en décembre 1917 ! Le fait d’avoir confié l’exercice de la violence à un groupe spécialisé dès les premières semaines de la Révolution a largement hypothéqué son avenir. Le NKVD sera le bras armé de la Grande Terreur.

Bien des éléments du bolchévisme historique se retrouvent dans le stalinisme : autoritarisme ; centralisation du pouvoir ; élimination des opposants y compris ceux appartenant au camp révolutionnaire ; croyance en l’infaillibilité du Parti, etc. Pourtant, l’accroissement exponentiel de la violence et de la répression (en temps de paix) n’est pas seulement quantitatif, on entre dans une autre dimension. La période qui nous intéresse voit se superposer deux lignes répressives. L’une secrète : la Grande Terreur proprement dite. L’autre publique, celle des procès dont nous allons traiter dans cette première partie.

Les procès de Moscou

Ces procès durant lesquels les inculpés s’accusent des crimes les plus invraisemblables sont des simulacres. Les aveux ont été extorqués sous la torture ou grâce à la promesse fallacieuse d’épargner le prévenu ou sa famille. Ils ont lieu en juillet 1936, janvier 1937 et mars 1938 et entraînent l’anéantissement de la plupart des vétérans bolcheviks de premier plan. Ils montrent au public que personne n’est intouchable et permettent de désigner sur une large échelle les membres du Parti qui doivent être « purgés », soit les anciens opposants trotskistes et zinoviévistes, auxquels s’ajouteront les « droitiers » avec le troisième procès. De plus, au moment où Staline réécrit l’histoire du Parti et de la Révolution en se donnant le beau rôle, il lui faut faire disparaître les témoins gênants, en les traînant dans la boue.

Lors du premier procès à grand spectacle, Zinoviev, Kamenev et leurs co-accusés sont reconnus coupables d’avoir voulu renverser le pouvoir en place en recourant au terrorisme[7]. Les procès suivants mettent en plus l’accent sur le sabotage : trains qui déraillent, accidents du travail, production de rebus, épidémies qui déciment le bétail, pénuries, retard dans le paiement des salaires… seraient le produit d’une vaste conspiration visant à provoquer le mécontentement populaire et à favoriser le rétablissement du capitalisme. L’image du cadre-saboteur participe de l’offensive « antibureaucratique » et populiste de Staline et va permettre l’élimination, à tous les échelons, de nombreux cadres qui seront remplacés par une génération montante.

Le troisième procès, avec la condamnation de Boukharine (que Lénine appelait « l’enfant chéri du Parti ») « doit légitimer devant l’histoire, l’œuvre de Staline et faire reconnaître que ce dernier est bien le seul héritier de Lénine »[8].Traité par le procureur Vychinski, de « monstrueux croisement de porc et de renard »[9], Boukharine est notamment accusé d’avoir pris part, en 1918, à la préparation de l’attentat perpétré par la militante socialiste-révolutionnaire Fanny Kaplan à l’encontre de Lénine… Comme l’écrit à cette époque le secrétaire du parti communiste suisse Jules Humbert-Droz dans une brochure de propagande, ces condamnations signifiaient pour les dirigeants communistes que « tous ceux avec lesquels [ils avaient] travaillé et vécu étaient des espions, des traîtres, des tarés… »[10]. Y croyaient-ils ? En tout cas, ils devaient le faire croire à la base…

La personnalité du tyran explique en bonne partie l’hécatombe des « vieux bolcheviks ». Manipulateur et intriguant hors pair, maladivement méfiant, Staline craignait les gens humiliés. Dans un livre de sa bibliothèque, il avait souligné une phrase attribuée à Gengis Khan : « La tranquillité d’esprit du conquérant exige la mort du vaincu »[11]. Cela dit, il s’agit aussi de comprendre pourquoi ces révolutionnaires professionnels, ces intellectuels cultivés, se sont laissés avoir les uns après les autres. On peut supposer que, s’ils ont raté des occasions et s’ils ont été à chaque fois en retard d’une guerre, c’est peut-être aussi parce que leur outil conceptuel – le marxisme-léninisme – les avait désarmés. Adeptes de la dialectique, ils pensaient sans doute que, par une ruse de la raison, la terreur pouvait engendrer son contraire et accoucher du communisme. Dans une lettre écrite trois mois avant son exécution, Boukharine explique à Staline qu’il a compris sa démarche, qu’elle est rationnelle et qu’elle va dans le sens de l’histoire.

« Il y a la grande et audacieuse idée de purge générale a) en relation avec la menace de guerre, b) en relation avec le passage à la démocratie.[12] Cette purge touche a) les coupables, b) les éléments douteux, c) les potentiellement douteux. Elle ne peut évidemment pas me laisser de côté. (…) la direction du Parti ne prend aucun risque, se dote d’une garantie totale.
(…) J’ai mûri, je comprends que les
grands plans, les grandes idées, les grands intérêts sont plus importants que tout, que ce serait mesquin de mettre la question de ma misérable personne sur le même plan que ces intérêts d’importance mondiale et historique, qui reposent avant tout sur tes épaules… »[13]

Les autres procès

En juin 1937, un procès tenu à huis clos mais dont le verdict est rendu public décapite l’armée rouge en condamnant à mort pour « appartenance à une organisation trotskiste antisoviétique » un grand nombre d’officiers supérieurs, dont le commissaire du peuple adjoint à la Défense, le maréchal Toukhatchevski. Cette saignée, qui est suive d’une vague d’arrestations au sein de l’armée, explique en bonne partie la déroute des troupes soviétiques au début de l’invasion allemande en 1941.[14]

Et puis il y a aussi les « petits procès », dits également « procès agricoles », quelque sept cents dans tout le pays, qui s’en prennent à des responsables de kolkhozes, aux dirigeants de districts ruraux et autres notables locaux. Une première directive datée du 3 août 1937 et signée par Staline ordonne aux autorités régionales du Parti d’organiser deux ou trois procès publics exemplaires d’« ennemis du peuple ». Cette directive (comme celles qui suivront) indique que ces procès doivent être largement couverts par la presse locale.

A l’époque, les dirigeants locaux se comportent en petits seigneurs. Ils ont constitué de véritables « fiefs » et sont souvent extrêmement brutaux avec leurs « sujets ». L’historienne américaine spécialiste du stalinisme Sheila Fitzpatrick, auteure en 1993 d’un article pionnier sur ces « petits procès », y avait vu une sorte d’inversion carnavalesque ou d’humbles kolkhoziens, appelé à témoigner, devenaient les héros du jour, alors que leurs oppresseurs étaient jetés en pâture (souvent condamnés à mort).

Dans de nombreux cas les choses se déroulent comme suit : les témoins appelés à la barre dénoncent les abus dont ils ont été victimes (extorsions, violences physiques, impôts illégaux qui alimentent des caisses noires, etc.), tous ces abus et sévices sont considérés par le tribunal comme un sabotage « contre-révolutionnaire », un complot « boukharino-trotskiste » ou fasciste visant à dresser les paysans contre le régime… Tant les débats que le verdict sont repris dans des articles de presse qui sont lus aux paysans de la région lors d’assemblées à visée « pédagogique ». A la suite, les collectifs kolkhoziens envoient des missives rendant grâce à la direction du Parti et au « guide bien-aimé, ami et maître… Staline » pour avoir « rétabli la justice et défendu le peuple ». Ils s’engagent dans la foulée « à remplir le plan », à souscrire à « l’emprunt de la Défense nationale, à rembourser tous les arriérés aux stations de machines et de tracteurs », etc. Ces scénarios répétitifs laissent à penser que les kolkhoziens jouent un rôle qui leur est assigné. Ils illustrent aussi le populisme stalinien qui consacre l’alliance entre le peuple et le Guide en exploitant le mythe archaïque du « bon tsar » [15].

Pourtant ces procès ne se déroulent pas toujours comme prévu. Ici les témoins ne s’en prennent pas seulement aux petits chefs honnis, mais dénoncent le système de la « collectivisation » en tant que tel ; là des kolkhoziens dont les chefs sont sans doute moins mauvais qu’ailleurs refusent de les accabler ; des juges n’infligent pas la peine capitale aux prévenus contrairement aux directives… et certains d’entre-eux sont à leur tour arrêtés et condamnés. Il existe une hypothèse qui établit un lien entre ces « petits procès » et les opérations secrètes de la Grande Terreur. Ils auraient pu faciliter le travail du NKVD dans le repérage des « ennemis » sur une large échelle. Lors des meetings « pédagogiques » qui suivaient ces procès, les kolkhoziens étaient invités à prendre la parole et des urnes étaient installées dans les salles où les participants pouvaient déposer des dénonciations anonymes… (à suivre)

Ariane

[1] Nicolas Werth, L’ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d’un meurtre de masse 1937-1938, Paris, Tallandier, 2009, p. 67.

[2] Beaucoup d’historiens opposent l’économie mixte de la NEP qu’ils considèrent comme raisonnable au changement brutal opéré par Staline. Or les deux politiques avaient en commun une conception économique productiviste et inégalitaire qui rompait avec les expérimentations de base, telles que les coopératives, qui s’étaient développées au début de la Révolution. Voir Paul Ariès, « La gauche productiviste, c’est le stalinisme », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 130 | 2016.

[3] Oleg Khlevniuk, Staline, Paris, Belin, 2017, p. 186.

[4] Boris Souvarine, dans son ouvrage pionnier, Staline. Aperçu historique du bolchévisme, Paris, Ivrea, 1992 [1e édition 1935] a décrit comment les rivaux de Staline se sont fait avoir. Quelques citations choisies en donne un aperçu. Souvarine fustige l’« imprévoyance » de Trotski « sa tactique d’expectative entrecoupée de réactions inconséquentes, ses faux calculs ». « En visant l’oligarchie, il attaque certains individus, non le principe… ».

Face à un Staline qui « ne laisse rien au hasard et ne risque aucun conflit déclaré sans prendre la mesure précise de ses forces », l’opposition « en distribuant les coups à tort et à travers (…) réalise contre soi le maximum d’unité bureaucratique et ligue avec Staline tous les intérêts conservateurs ». A propos des nombreux transfuges qui rejoignent Staline, au fur et à mesure qu’il renforce son pouvoir, Souvarine explique que « le communiste moyen à le choix entre l’orthodoxie confortable et le chômage sans issue ». Il évoque aussi « la psychologie spécifique du bolchévisme [pour qui] la fin justifie les moyens. Les notions d’éthique admises par toutes les écoles révolutionnaires n’[ayant] pas cours dans les hautes sphères de ce parti… »

[5] Dans une célèbre conversation avec Kamenev en juillet 1928, Boukharine avait traité Staline d’« intriguant sans principe qui, dans sa course au pouvoir, changeait de politique en fonction de la personne dont il voulait se débarrasser… ». Et aussi que « Staline s’entourait de nullités, qui lui étaient soumises en tout, du type de ce Molotov borné, premier de la classe et lèche-cul… ». Cité in Anna Larina Boukharina, Boukharine ma passion, Paris, Gallimard, 1989, p. 109.

[6] Victor Serge, Trente ans après la Révolution russe, ce texte a servi de postface à l’édition augmentée de L’an I de la Révolution, Paris, Maspero, 1971. Il est considéré comme le testament politique de V. Serge qui, rappelons-le, avait été anarchiste dans sa jeunesse avant de rejoindre le parti communiste russe en 1919. Il devint par la suite un infatigable opposant au stalinisme.

[7] Ils sont notamment reconnus coupables de l’assassinat, le 1er décembre 1934, de Serguei Kirov, chef de l’organisation du Parti de Leningrad. Des historiens ont accusé Staline d’avoir commandité cet assassinat. Selon Oleg Khlevniuk, depuis l’ouverture des archives aucun élément n’a permis d’étayer cette thèse. Nikolaiev, l’assassin de Kirov, a vraisemblablement agi seul. A l’époque, la version d’un crime dû à la jalousie d’un déséquilibré mental ne cadrait pas avec les vues et intérêts de Staline. Opportuniste et sachant profiter des occasions qui se présentaient, il a pris prétexte de cet assassinat pour lancer une nouvelle campagne de terreur. Staline chargea le NKVD et notamment Nikolaï Iejov [le futur responsable en chef de la Grande Terreur] de fabriquer les preuves d’un complot ourdi par les zinoviévistes. Oleg Khlevniuk, op.cit., p. 227 et s.

[8] Nicolas Werth, 1936-1938, Les Procès de Moscou, Editions Complexe, 2006, p.161.

[9] Ibid.

[10] Cité par Alain Campiotti, « « Une charogne », ou les destins croisés de Boukharine et Humbert-Droz », Le Temps, 6 juillet 2017.

[11] Cité par Oleg Khlevniuk, op.cit., p. 247.

[12] Boukharine fait ici référence à la Constitution soviétique de 1936, à la rédaction de laquelle il avait collaboré, et qui se voulait « la plus démocratique du monde ». Celle-ci instaurait le suffrage universel, ainsi qu’un certain nombre de droits sociaux comme le droit au travail, au logement, à la culture ; les soins aux personnes âgées ou malades… mais ce n’était qu’une façade qui ne changea rien à la nature dictatoriale du régime, profondément inégalitaire et misérable pour la majorité.

[13] Extrait de la Lettre de Boukharine à Staline du 10 décembre 1937, reproduite in Nicolas Werth, 1936-1938, Les Procès… op.cit. p. 208. Si Boukharine flatte ainsi Staline, c’est aussi parce qu’il espère encore sauver sa peau (dans cette même lettre, il lui demande de l’exiler ou le déporter plutôt que de l’exécuter).

[14] En deux ans, près de 35’000 officiers furent arrêtés ou limogés, soit un cinquième environ du corps des officiers, cette proportion étant beaucoup plus élevée dans les grades supérieurs. Une partie d’entre eux, environ 11’000, furent réintégrés dans les rangs de l’Armée rouge à partir de 1939. Chiffres donnés par Nicolas Werth, L’ivrogne… op. cit. p. 38.

[15] Les citations de ce paragraphe (tout comme les principales idées qui y sont développées) proviennent de l’article de Nicolas Werth, « Les « petits procès exemplaires » en URSS durant la Grande Terreur (1937-1938) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire 2005/2 (n°86), pp. 5-23.