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Le système capitaliste, qui fonce dans le mur, se défend bien. La lutte pour l’hégémonie incarnée par les Etats-Unis est accompagnée par l’éternel sermon de l’affrontement entre le bien et le mal. Il ne faudrait pas qu’on s’imagine qu’il s’agit d’une affaire de gros sous, de marchands d’armes, de pétrole ou de plans de reconstruction futurs… Civils et soldats sont pulvérisé.es par les bombardements, mais pendant le spectacle, les affaires continuent !

Nous sommes pessimistes. Le réchauffement global ; le fascisme qui revient ; la guerre, et pas seulement en Ukraine, face à laquelle l’impuissance a remplacé la colère. C’est toujours pire. Nous avons conscience d’être désinformé.es et sommes hanté.es par le doute. Celles et ceux qui n’acceptent pas l’incertitude, cultivent l’exclusivisme et favorisent la division des exploité.es.

Pandémie et divisions

On nous a vendu une pandémie autant politique que sanitaire, créant une telle anxiété, au point que les mesures d’enfermement et de contrôle ont été acceptées sans discussion par la majorité de la population. Même si beaucoup pensent que tout cela est derrière nous, les officiels battent périodiquement le rappel, avec de nouveaux variants ou de nouvelles pathologies. Ils voudraient nous imposer un « passe » perpétuel assurant notre traçabilité, comme pour les animaux de boucherie.

Les analyses critiques sont régulièrement discréditées ou censurées par les médias mainstream, elles peinent à sortir de la confidentialité et sont parfois récupérées par l’extrême-droite. Il n’en reste pas moins qu’elles font apparaitre des tricheries et manipulations (dans la collecte des données, les statistiques, etc.) qui sont nécessaires au maintien du discours monolithique et paralysant de la pandémie. Difficile de faire le tri entre les faits avérés, les hypothèses crédibles et les interprétations sensationnalistes (d’autres diraient complotistes). Ainsi, la peur circule et pas seulement de la part des tenants du discours officiel, elle est aussi propagée par certains outsiders.

Surtout pas de répit, « la peur contribue sans aucun doute à la capacité dont disposent certains acteurs de solliciter et d’obtenir une forme de soumission à l’autorité »(1). Cette affaire du covid laisse en présence deux camps a priori irréconciliables et beaucoup de gens lassés par cette histoire, si révélatrice pourtant des conflits d’intérêts et des choix technocratiques qui gouvernent nos vies.

D’autres thèmes triviaux ou importants divisent aussi profondément ce qu’on appelle « la gauche ». Faut-il soutenir ou s’opposer au port du burkini dans les piscines ? à la procréation médicalement assistée ? à la gestation pour autrui ? à l’abolition de la prostitution ? etc. Autant de sujets qui passionnent dans certains cercles et que nous ne traiterons pas aujourd’hui. Notre boussole indique que ce qui implique exploitation et oppression doit être combattu, mais nous ne voulons pas cultiver l’art de compliquer les choses en fabriquant à la pelle de nouvelles divisions, toujours plus particularistes, sous l’œil amusé du pouvoir. Par contre – on l’a vu avec les « gilets jaunes » – tout ce qui pourrait incarner une opposition sociale importante est violemment réprimé.

La guerre en Ukraine

Dans le registre de la terreur et de son utilisation politique, le conflit actuel n’est pas en reste. Il semble que les va-t-en-guerre aiment jouer à la roulette russe (c’est le cas de le dire) en laissant entendre que si l’humiliation de Poutine est trop forte, il risque d’activer la bombe et que là on pourrait tous y passer.

Nous avons déjà publié un texte contre la guerre et, avec l’article de Carlos Taibo(2), une réflexion qui tente de complexifier le contexte dans lequel le conflit trouve son origine. Depuis, nous avons appris qu’il y a en Ukraine des anarchistes qui appellent à combattre l’envahisseur. N’étant pas sur le terrain, mais à l’abri dans un pays tranquille, nous nous abstiendrons de porter un jugement sur leur positionnement. Par contre, il apparaît qu’ils dénoncent des « anti-guerre », en attaquant nominalement des résistants en Russie, au nom du principe selon lequel « ceux qui ne sont pas avec nous, sont contre nous ». Ces nouveaux nationalistes, ex-anarchistes, mettent en péril des personnes qui ne les menacent pas. Faut-il mourir pour l’Ukraine ou considérer que cette guerre n’est pas la nôtre ? Nous avons dès le début choisi la seconde option.

Ce conflit est autant le produit du nationalisme russe et de la volonté de puissance des dirigeants du Kremlin, que de la lutte des Etats-Unis pour l’hégémonie mondiale. L’agression de la Russie contre l’Ukraine est illégitime et ses justifications sont fallacieuses, mais que dire du camp occidental ? Faut-il rappeler qu’en 2003, les troupes américaines ont envahi l’Irak avec la participation de quinze Etats européens, sous le prétexte mensonger de l’existence d’armes de destruction massive ? Les crimes commis par les Occidentaux ne sont pas très différents de ceux que les troupes russes commettent actuellement. Aucun n’est tolérable.

Si l’on revient un peu en arrière, la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991 aurait dû conduire à celle de l’OTAN, or c’est l’inverse qui s’est produit, l’expansion de l’Alliance atlantique n’a pas cessé depuis lors, intégrant de plus en plus de pays ayant une frontière commune avec la Russie. Au sommet de Bucarest en avril 2008, les dirigeants de l’OTAN avaient approuvé l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine à leur alliance. Or, comme le signalait le sénateur américain Bennie Sanders, le 10 février dernier : « quelqu’un peut-il croire sérieusement que les Etats-Unis n’auraient rien à dire si le Mexique formait une alliance militaire avec un de nos adversaires ? ».

Par ailleurs, les accords de Minsk concernant les républiques séparatistes de Lougansk et Donetsk signés en 2015 par les chefs d’Etat russe, ukrainien, français et allemand (sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) n’ont jamais été mis en œuvre. Kiev a refusé toute modification de sa constitution allant dans le sens d’accorder un statut d’autonomie à ces deux républiques et le conflit armé s’est poursuivi, faisant de près de 14’000 morts. On peut dire qu’en reconnaissant unilatéralement l’indépendance de Lougansk et Donetsk, en février dernier, Poutine a piétiné ces accords… qui étaient restés lettre morte depuis leur signature ! Et pendant toutes ces années, les gouvernements français et allemands n’ont guère mis la pression sur Kiev pour faire avancer le dossier.

Pourtant, admettre aujourd’hui que la Russie ait pu s’estimer menacée est difficilement audible. Le récit qui prévaut est celui de l’agressivité. Selon certains, l’OTAN n’aurait pas été trop menaçante, mais au contraire pas assez et le pouvoir russe aurait vu, dans cette prétendue faiblesse, une opportunité de récupérer une partie du terrain perdu depuis l’effondrement de l’URSS.

Dans cette optique, il n’y aurait de solution que militaire et il la guerre à outrance devrait se poursuivre quoi qu’il en coûte. Le remake de la lutte du « monde libre » contre le « totalitarisme » bénéficie aux courants les plus réactionnaires. Les néo-conservateurs reprochent désormais aux réglementations écologiques d’avoir amoindri la domination pétrolière et gazière des Etats-Unis(3) et donc de les avoirs affaiblis. Le pays met maintenant les bouchées doubles pour vendre des armes et, comme substitut au gaz russe, du gaz liquéfié dont l’impact sur l’environnement est pire.

La terreur induite par la guerre est aussi un bon moyen de faire taire toute opposition, par la répression comme c’est le cas aujourd’hui en Russie, ou pour gagner en popularité, ce dont Biden et quelques autres ont bien besoin. Les guerres extérieures sont aussi un moyen pour résoudre les problèmes internes des grandes puissances.

Pour nous ce conflit est insupportable et tout devrait être tenté pour l’arrêter. En plus des pertes humaines toujours plus importantes, on assiste à une orgie de destructions matérielles. Les explosions, les incendies, la quantité de carburant nécessaire aux engins blindés, avions et autres navires de guerre implique une « empreinte carbone » démesurée. Dans le monde, des millions de personnes vont manquer de blé, d’huile de tournesol et d’autres denrées produites en Ukraine. Pour les plus pauvres, c’est la famine assurée. L’urgence n’est pas seulement climatique, elle est aussi d’arrêter cette guerre, toutes les guerres.

Un vaste mouvement pour la paix, s’il pouvait se développer, devrait logiquement rassembler de nombreuses personnes et collectifs : des internationalistes, des antimilitaristes, des activistes du climat, des anarchistes, des pacifistes, des ONG, etc. Si nous étions nombreu.x.ses à y participer, nous cesserions d’être bloqué.es par la peur et pourrions, d’une manière ou d’une autre, reprendre en main notre destin.

Notes

1) Patrick Boucheron & Corey Robin. Débat présenté par Renaud Payre, L’exercice de la peur. Usages politiques d’une émotion. Presses universitaires de Lyon, 2015.

2) https://laffranchi.info/otan-russie-et-ukraine/

3) Karl Rove l’un des architectes de la guerre d’Irak, cité par Serge Halimi, Le Monde diplomatique, avril 2022, p. 21.