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Voiron, gréve générale 1er mai 1906

L’intégration du mouvement ouvrier et syndical, le réformisme, le parlementarisme, l’abandon de la perspective révolutionnaire et anticapitaliste sont généralement expliqués par la mise en œuvre de politiques favorables aux travailleurs : lois protégeant les enfants et les femmes, lois sur le chômage, les accidents, les retraites, etc. Et aussi subventions, mise à disposition de locaux… Un autre volet moins souvent évoqué est celui de la répression : il y a toujours eu la carotte et le bâton. C’est ce volet, toujours actuel, que nous évoquerons aujourd’hui.
Nous avons déjà signalé l’échec (ou le succès) relatif de la grève générale de 1906 en faveur de la journée de huit heures. La mobilisation et les grèves furent massives : plus de 200’000 participants à Paris, surtout dans le secteur du bâtiment où des manifestations et des affrontements eurent lieu, du fait de la présence de 50’000 hommes de troupe mobilisés pour l’occasion. Grèves et manifestations aussi en province, notamment dans les grandes villes, les ports, les arsenaux, les verreries du Nord, chez les mineurs du Massif Central… Mais les cheminots ne se mobilisèrent pas, sauf dans l’Hérault, ni les postiers… Il n’y eut pas de paralysie complète du pays.
La CGT avait proposé deux méthodes : soit une grève illimitée ; soit dès le 2 mai, l’arrêt du travail à la fin de la huitième heure. Les deux options sont expérimentées. Le mouvement se prolonge pendant plusieurs semaines, avec des hauts et des bas. Certaines revendications aboutissent … réductions des horaires et/ou augmentations des salaires sont obtenues dans certains secteurs, mais d’autres sont mis en échec. Dans le bâtiment par exemple : les maçons reprennent le travail au bout de quarante-deux jours de grève, sans obtenir de concessions du patronat ; les tailleurs de pierre et les ravaleurs tiennent vingt-six jours de plus, mais sans succès.
Cette grève annoncée près de deux ans plus tôt a laissé au pouvoir le temps de s’y préparer sur le plan répressif. Le 30 avril 1906, pour semer la confusion, le ministre de l’intérieur Georges Clemenceau fait arrêter les dirigeants de la CGT Victor Griffuelhes et Albert Lévy. Avec Pierre Monatte incarcéré dans le Nord depuis le 23 avril, ils sont accusés de fomenter un complot contre la République avec la droite réactionnaire. C’est une pure calomnie qui vise à semer la confusion dans l’opinion publique. Pour le « premier flic de France », il s’agit de mettre fin au mouvement des mineurs de Courrières et de perturber les mobilisations pour les huit heures.
Cette provocation ne sera pas la dernière qu’auront à connaître les syndicalistes révolutionnaires. A plusieurs reprises, au cours de l’année 1907, des manifestations de grévistes se terminent dans le sang. Devenu président du Conseil, Georges Clemenceau devient le pire ennemi de la CGT et des révolutionnaires.
Les événements qui se produisent lors de la grève des carriers des sablières de Draveil – Villeneuve-Saint-Georges et Vigneux(1) en 1908 porteront à son paroxysme cette stratégie de répression, provocation-manipulation du pouvoir : assassinat de grévistes, y compris à l’intérieur d’un local syndical, agent provocateur infiltré à la CGT, arrestation et inculpation des principaux dirigeants syndicaux suite à une manifestation sanglante… Tout sera mis en œuvre pour briser le syndicalisme révolutionnaire et favoriser l’évolution réformiste de la CGT, nous y reviendrons.

1. Sur cette affaire voir :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_de_Draveil-Villeneuve-Saint-Georges
Jacques Julliard, Clemenceau briseur de grèves, Ed. René Julliard, Paris, 1965

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