Plus la pandémie de Covid-19 se prolonge et plus le brouhaha qui l’accompagne devient assourdissant. Nous avons le sentiment d’être manipulé-e-s. Non pas que nous pariions sur un éventuel complot mis en œuvre par des forces obscures, mais parce que nous pensons que l’occasion fait le larron et que tant le système médico-pharmaceutique que le système militaro-industriel et les gouvernements en général ont trouvé dans cette affaire un véritable terrain d’expérimentation grandeur nature, pour mettre en œuvre des programmes qu’ils avaient depuis longtemps dans leurs tiroirs.

Certes, le Covid-19 est une sale maladie qui foudroie une partie des infecté-e-s, y compris des personnes jeunes et en bonne santé, mais ce virus ne tue pas plus que d’autres maladies pour lesquelles on ne fait pas tout un plat. Au moment où nous écrivons ces lignes, le Covid-19 a officiellement fait plus de 170’000 morts dans le monde. A titre de comparaison, « chaque année les viroses respiratoires font 2’600’000 morts sur tous les continents ». Autre exemple, l’exposition aux particules fines produites par la dégradation des hydrocarbures (surtout le diesel) « fait 550’000 morts par année en Europe, mais les gouvernements n’ont jamais rien mis en place de sérieux pour empoigner le problème »[1]. Or, il parait évident que les affections pulmonaires dues à ces particules fines constituent un facteur aggravant pour les gens qui contractent le Covid-19.

On parle beaucoup de comorbidité due à l’hypertension et au diabète, mais on oublie opportunément les cancers : 382’000 nouveaux cas par an en France où c’est la première cause de mortalité (157’000 décès). Beaucoup de ces cancers sont des maladies professionnelles dues à l’exposition à des substances chimiques dangereuses ou à la radioactivité, contre lesquelles aucunes mesures drastiques ne sont prises. « Le coronavirus Covid-19 fera certainement beaucoup de victimes parmi les malades atteints de cancer (…) ces décès seront attribués non au cancer (…), mais au coronavirus. Une manière de faire baisser artificiellement la mortalité par cancer… »[2]

Dans notre précédent article, nous évoquions déjà les failles du système de santé. Avec la pandémie, la gestion libérale des hôpitaux (flux tendu, réduction des stocks, des lits, du personnel…) menait tout droit au désastre. Cette menace a servi d’alibi aux autorités pour mettre en œuvre des mesures drastiques qui entraînent d’autres catastrophes (y compris sanitaires) pour beaucoup de gens qui s’entassent dans des logements exigus, qui se retrouvent sans revenu, isolés ; des SDF ; des sans-papiers ; des migrant-e-s et réfugié-e-s bloqués aux frontières ou sur des embarcations…

Alors que nous avons semble-t-il passé le pic de la pandémie, certains experts font les fanfarons. Ils auraient tout fait bien. Sur les télévisions suisses, des responsables d’hôpitaux se vantent de ne pas avoir eu besoin « comme en Italie » de sélectionner les malades admis aux soins intensifs. Pourtant, ici comme ailleurs, une pré-sélection a eu lieu en dehors de l’hôpital, dans des maisons de retraite où le Covid-19 a fait des ravages, mettant ainsi en lumière les déficiences d’institutions qui servent plus à faire de l’argent sur le dos des vieux et des vieilles, en exploitant le personnel, qu’à prendre en charge des personnes dépendantes.

Dans le canton de Vaud, la moitié des décès comptabilisés se sont produits dans des EMS (équivalent des EHPAD français) où il a été décidé que, lorsque « la présence de la maladie est constatée à l’intérieur de l’établissement, le médecin responsable arrête le dépistage et se fie uniquement aux symptômes… »[3]. Ainsi, des soignant-e-s manquant d’équipement (surblouse, masques, gants…) ignoraient lesquelles des personnes à leur charge étaient atteintes, courant ainsi le risque de s’infecter et de diffuser le virus. Pour ne pas envoyer les cas critiques à l’hôpital, les responsables se sont réfugiés derrière les directives anticipées de refus d’acharnement thérapeutique signées par les pensionnaires. Bref, du personnel sous stress était censé administrer des soins palliatifs, en plus de tout le reste, alors que jusqu’au quart des effectifs était absent (malade ou en quarantaine) et remplacé au pied levé par des soldats sanitaires, des membres de la protection civile, des étudiant-e-s en médecine. Avec l’interdiction des visites, la rupture des liens affectifs a aussi pu tuer, d’autant que souvent les proches aident la personne à s’alimenter… Heureusement, comme l’a déclaré la cheffe de la santé publique du canton : « la mort ne survient pas toujours par suffocation… »[4] Nous voilà rassurés ! Bref, pour que l’hôpital continue à faire de la médecine selon les standards admis, on fait de la sous-médecine dans les homes.

Cobayes humains

Lors de notre précédent article, nous avions évoqué la polémique autour du traitement à base d’hydroxychloroquine et d’un antibiotique (azithromycine) mis en œuvre à Marseille par le Professeur Didier Raoult, dont les résultats semblent probants pour les cas modérés à sévères de Covid-19. Cette histoire est devenue un véritable feuilleton au point que le président Marcron a cru bon de s’afficher avec le professeur en question le 9 avril dernier.

Nous ne sommes pas en mesure d’affirmer que le traitement du Pr Raoult est meilleur qu’un autre. Par contre, les médicaments qu’il utilise sont beaucoup moins chers que d’autres remèdes. Or, dans cette affaire, les sommes en jeu sont gigantesques et l’on sait que les pharmas arrosent des médecins et autres experts pour placer leurs produits. Bref, les énormes conflits d’intérêts autour des molécules qui pourraient servir contre cette maladie, d’un possible vaccin… obscurcissent l’horizon.

Pour en revenir à Raoult, notons aussi qu’il propose massivement des tests aux patient-e-s qui se présentent à l’IHU Méditerranée (ce qui fait de Marseille l’une de villes où il y a le plus de personnes testées dans le monde) et qu’il préconise son traitement AVANT que les gens ne se retrouvent en réanimation, parce que pour lui, dire aux malades de rester chez eux en l’absence de détresse respiratoire et de ne venir à l’hôpital qu’en dernière extrémité pour se faire entuber, ce n’est pas de la médecine… D’ailleurs le protocole qu’il propose est de plus en plus testé dans le monde, malgré l’interdiction qui est faite désormais aux médecins de ville en France ou en Suisse de prescrire ce traitement.

Il est aussi intéressant de relever que ses contradicteurs et concurrents lui reprochent un manque de rigueur, avec l’argument qu’aucun essai randomisé contrôlé (ERC) n’a été effectué pour valider son protocole. Soit un essai en double aveugle, dans lequel ni le chercheur, ni le cobaye humain ne savent si ce qui est administré est une substance active ou un placebo. Ainsi, si on veut faire de la « vraie science », il faut sacrifier une partie de l’échantillon… Nous n’irons pas plus loin. Nous ne savons pas si cette posture « scientifique » relève du cynisme ou du dogmatisme, mais la médecine ne sort pas grandie de ces débats.

Va-t-on vers une rupture du pacte « bio-politique » qui avait remplacé – dans nos société – le pacte social en promettant à chacun-e la meilleure survie possible grâce à la médecine de pointe ? L’avenir le dira. Mais relevons qu’actuellement en Suisse, obéissant aux consignes des autorités, ou craignant de s’infecter, les gens consultent de moins en moins, au point que les médecins et même les urgentistes nous appellent désormais à revenir les voir, comme si les malades étaient au service de la médecine et non l’inverse. Selon certaines sources, il y aurait eu moins de crises cardiaques, d’AVC, de naissances prématurées… ces derniers temps. Si cela se confirme, il y a vraiment des questions à se poser.

Expérimentation politico-sociale

Si certain-e-s d’entre nous deviennent – de gré ou de force – des cobayes pour l’industrie pharmaceutique, nous sommes tous désormais les sujets d’autres expérimentations de grande ampleur.

Alors qu’avant cette crise, des mouvements de contestation et des soulèvements populaires se produisaient un peu partout dans le monde autour de revendications sociales, féministes, démocratiques, contre le réchauffement climatique… la pandémie et le confinement de la moitié de l’humanité a été comme une douche froide pour la contestation permettant – au moins temporairement – de noyer le trop plein de tensions provoqué par les impasses de la mondialisation capitaliste.

Il n’est pas anodin de voir au téléjournal des types en uniforme, couverts de galons, expliquer à la population leur « mobilisation » contre le nouvel ennemi qu’est le virus… La crise du Covid-19 permet de tester l’obéissance et l’adhésion des foules au discours anxiogène dominant. Quelles doses de peur, de menaces, de répression permettent-elles de bloquer les gens ? de faire passer des mesures liberticides sans que trop d’opposition ne se manifeste ? Les gens accepteront-ils, par exemple, de se soumettre au tracking dans une perspective de prévention… ce qui permettra d’expérimenter l’efficacité de nouveaux logiciels de contrôle de nos déplacements et rencontres et, en passant, de justifier la généralisation de la 5G.

Cette pandémie sonnera-t-elle le glas des paiements en cash, généralisant l’utilisation des cartes de crédit ? Va-t-elle accélérer la disparition annoncée des caissières dans les supermarchés ? Et favoriser plus encore le commerce en ligne avec l’expansion des centres logistique, ces nouvelles geôles de plus en plus robotisées, où le stress, l’usure mentale et physique sont le lot de celles et ceux qui y sont exploités. Télétravail et enseignement à distance sont aussi des terrains d’expérimentation pour les décideurs à l’affut des réductions de coûts. Pour les Big Brothers en herbe, étudier les avantages et les inconvénients de l’isolement et de l’atomisation sur une vaste échelle est sûrement d’un grand intérêt.

Mentionnons aussi la stigmatisation des personnes âgées que permet le Covid-19. Victimes, mais aussi coupables de la saturation des services de réanimation. C’est à cause d’elles qu’on aurait confiné toute la population. Cette désignation comme boucs émissaires de la crise n’est pas rassurante, elle préfigure une rupture de la solidarité entre les générations.

Des faiseurs d’opinion s’interrogent : la surmortalité des plus de 65 ans est-elle bénéfique à l’équilibre financier des systèmes de retraite ? Et ben non. Selon une étude de l’Union de banques suisses (UBS) : « le nombre de cas de décès ne sera pas élevé au point de laisser prévoir une diminution durable des rentes versées ». Cette même étude affirme que le déficit de l’assurance vieillesse (AVS) devrait perdurer voire s’aggraver et considère « qu’une situation pérenne n’est possible que si le total des décès devait quadrupler ou l’espérance de vie être réduite de quatre ou cinq ans pour tout le monde »[5]. Dans ce même article du Temps, il est dit aussi que les caisses de pensions privées, généralisées en Suisse (2e pilier), se retrouvent dans une mauvaise posture à cause de la chute des marchés. Un autre goal à encaisser pour les retraité-e-s et futurs retraité-e-s. Trop nombreux, trop cher, les vieux et les vieilles devront se serrer la ceinture et/ou mourir plus vite et en plus grand nombre… Telle est la morale des capitalistes. Une morale qu’ils se gardent bien d’appliquer à eux-mêmes !

Si la crise actuelle devait avoir un mérite, c’est celui de mettre en lumière celles et ceux qui font réellement marcher nos sociétés vieillissantes. Toutes ces « petites mains » qui donnent des soins, qui nettoient (dans les établissements hospitaliers, à domicile ou ailleurs) ; qui alimentent, des champs aux cuisines en passant par les supermarchés ; qui transportent les marchandises… Au détour d’une « brève » on apprend que l’agriculture manque de bras et qu’en Valais, on peine à trouver des gens capables de ramasser les asperges depuis que les Portugais-e-s ne peuvent plus passer les frontières. En Italie, ce sont des Indien-ne-s[6], exploités dans les plantations de fruits et légumes que l’on retrouve sur les tables de tout le continent, qui manquent à l’appel. Et on se prend à rêver de la force que pourrait avoir cette classe ouvrière, qui lutte quotidiennement pour mettre quelque chose dans l’assiette de ses enfants, si elle s’organisait et prenaient en main son destin…

[1] Citations extraites de l’interview de l’anthropologue Jean-Dominique Michel par Amèle Debey, https://www.limpertinentmedia.com/post/today-in-entertainment-history-2. Cet expert en santé publique de Genève tient un blog sur lequel il publie ses enquêtes et réflexions critiques sur la pandémie en cours. http://jdmichel.blog.tdg.ch/

[2] Annie Thebaud Mony. https://blogs.mediapart.fr/annie-thebaud-mony/blog/150320/coronavirus-covid-19-ou-est-le-danger-mortel-chronique-d-une-catastrophe-annoncee

[3] « Le Covid-19 s’est introduit dans les EMS pour y faire des ravages », Le Matin Dimanche, 5 avril 2020.

[4] Ibid.

[5] « Le coronavirus mine le système de prévoyance » Le Temps, 17 avril 2020.

[6] Un article qui illustre les conditions de travail des Sikhs en Italie : http://www.slate.fr/story/181896/italie-agropontino-caporalato-travail-ouvriers-agricoles-sikhs-esclavagisme