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Ça pue en Suisse (comme en Hongrie, Pologne, Autriche, etc.). Près de 30% des électeurs qui se sont rendus aux urnes le 18 octobre ont voté pour l’Union démocratique du centre (UDC), parti nationaliste et « populiste », qui a fait du combat contre l’immigration de masse son principal cheval de bataille.

Hors de nos contrée, ça surprend que la droite xénophobe se dise « du centre ». Explication : en Suisse alémanique, c’est le parti du peuple suisse. En Suisse francophone, la dénomination « du centre » est un atavisme qui date de l’époque où le parti des paysans, artisans, indépendants et bourgeois n’avaient pas encore viré facho.

Car l’étranger bouc émissaire, rendu responsable des turpitudes des fauteurs de crise et de guerre (capitalistes, banquiers, militaires…) en Suisse, on connaît : pendant la deuxième guerre mondiale, les juifs étaient massivement refoulés à la frontière, sous prétexte que la barque était pleine. Et en 1970, une initiative « populaire » contre la surpopulation étrangère avait séduit 46% des votants. Donc, c’est une vieille rengaine. La différence avec 1970, c’est que maintenant la politique contre les étrangers est menée par un parti gouvernemental avec lequel les « socialistes » collaborent, concordance1 oblige.

Au lendemain du vote du 18 octobre, la Suisse se retrouve avec une chambre basse où la droite dure occupera 101 sièges sur 200. Divisée sur l’attitude à adopter vis-à-vis de l’Union européenne, la majorité – qui outre les UDC inclut les libéraux-radicaux – devrait faire bloc contre le social et la protection de l’environnement. Les abstentionnistes, dont nous sommes, et qui représentent plus de la moitié du corps électoral devraient-ils se culpabiliser et se précipiter aux urnes le 8 novembre pour le deuxième tour de l’élection à la chambre haute ?

Nous on assume. On sait que ce n’est pas en votant que les choses changent. Il y a des lames de fond qu’on n’arrête pas avec un petit bulletin en papier. Élire, ce n’est pas seulement abdiquer sa liberté et son pouvoir au bénéfice de gens qui font de belles promesses qu’ils ne tiennent pas, c’est aussi apporter son soutien à des politicien-ne-s qui rivalisent quant aux recettes proposées pour sauver l’économie capitaliste.

A gauche, on s’efforce en général d’en appeler à la rationalité de l’électeur. Exiger le beurre et l’argent du beurre de l’Union européenne, c’est pas réaliste… disent les socialistes et autres verts : comment pourrions-nous continuer à leur fourguer nos breloques, si nous ne laissons pas leurs ressortissants venir travailler chez nous ? Si nous ne prenons pas notre lot de réfugiés… Et de brandir la menace des délocalisations et des fermetures d’entreprises. Sauf que la catastrophe tant annoncée ne s’est pas encore réellement produite et que, même dans les jours sombres que nous voyons venir, le lien entre une politique protectionniste et la récession sera toujours compliqué à démontrer.

On a beau dire, par exemple, que l’absence de logements à des loyers accessibles est due à une pénurie entretenue par les sociétés immobilières. Celui qui ne réfléchit pas trop, voit plutôt l’étranger avec qui il se retrouve en concurrence. Question boulot, il pense bêtement qu’il serait mieux payé, s’il n’y avait pas 10 gars dehors, prêts à faire son travail, comme le lui rappelle souvent son patron. L’idée de lutter pour de meilleurs salaires en faisant grève, par exemple, ne l’effleure pas. C’est là le drame du mouvement ouvrier de ce pays qui a perdu le sens et l’expérience de la lutte des classes.

Dans son tract électoral tout ménage, l’UDC a mis un graphique en couleurs qui montre une montée en flèche de la population, due aux étrangers et aux « naturalisés ». Des socialistes ont dénoncé cette distinction faite entre les « vrais » Suisses et les Suisses par naturalisation, espérant gagner cette frange de l’électorat en lui disant : vous voyez l’UDC ne vous aime pas !

En regardant de près le graphique du torche-cul, on observe que la population « suisse de chez Suisse » est en train de diminuer. Sans l’apport de « sang neuf », le déclin du pays est programmé. Les dirigeants de l’UDC, qui sont pour la plupart des patrons, ne veulent certainement pas de ça. Ce qu’ils veulent, c’est des travailleurs étrangers très précaires, du genre temporaires avec permis de travail de courte durée ou même sans-papiers. Le prolo suisse qui craint le déclassement en sera pour ses frais…

Enfin, si c’était si simple ! Ne tombons pas, nous aussi, dans les explications trop rationnelles. D’abord il y a des segments du marché du travail qui ne sont que peu menacés par la délocalisation sur place. Il y a des gens qui n’ont rien à craindre pour leur situation, mais qui se donnent un petit frisson en rejetant l’autre, croyant ainsi transgresser le « politiquement correct ». L’individualisme, le moi d’abord, les autres n’ont qu’à crever est plus répandu qu’on le pense. Après les réfugiés qui « coûtent trop cher », ils rejetteront les vieux, les handicapés… L’hydre fasciste est à nos portes. Ce ne sont pas les appels lénifiants à voter pour le moindre mal, ce ne sont pas les bons sentiments qui la freineront. Ici comme ailleurs, la résistance passe par un renouveau des luttes radicales et auto-organisées, dans la rue, sur les lieux de travail, de formation… Saluons déjà ici les squatters sans papiers et celles et ceux qui les soutiennent.

Il s’agit aussi de se concevoir comme internationalistes et de sortir la tête de la désespérante dinette électorale helvétique.

 

1) En Suisse, tous les grands partis gouvernent ensemble. C’est le moyen qui a été trouvé pour unifier un pays où il y a 4 langues nationales et autant de catholiques que de protestants. L’autre truc, c’est la démocratie semi-directe : initiatives et référendums, pour évacuer la vapeur de la marmite à intervalles réguliers.