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Voilà, c’est arrivé, pour nous ce n’est pas une surprise, nous en avons déjà beaucoup parlé*. Seize syndicats, fédérations locales ou régionales (comarcales) de la CNT-AIT sont déjà obligés de changer de nom et, sauf coup de théâtre peu probable, une seconde fournée va connaître le même sort. Et puis, les mêmes prétendus « héritiers légitimes » vont se consacrer à réquisitionner les locaux des syndicats pour les vendre au plus offrant. Il s’agit d’une usurpation d’identité réalisée avec l’appui d’une « justice » espagnole souvent questionnée pour son manque de probité. On trouvera ci-dessous le communiqué récemment publié par le secrétariat de la CNT-AIT.

Imaginez un divorce dans lequel l’un.e des partenaires qui n’a pas commis de faute particulière, à part peut-être avoir fait preuve d’une certaine naïveté, se retrouve complètement spolié.e. Cela arrive tous les jours direz-vous. Ce n’est pas faux. Comme tous les jours, il y a des locataires qui n’ont pas démérité qui se retrouvent à la rue, leur logement ayant été capté par un fonds vautour ; comme tous les jours, il y a des donneurs d’alerte qui perdent tout pour avoir dénoncé une injustice ou un crime ; comme tous les jours, il y a des victimes de harcèlement qui finissent au chômage et accusées de diffamation, alors que le chef ou le patron n’est pas inquiété. Une réalité magistralement illustrée par la récente série documentaire « Romper el bloque » réalisée par le cinéaste Iago Prada, militant de l’Union anarcho-syndicaliste de La Coruña (AIT), autour de syndicalistes victimes de Canal Red (une chaîne de télévision dirigée par Pablo Iglesias Turrión) ainsi que d’autres entreprises liées au parti Podemos.

Il sera temps, une fois l’urgence passée, d’analyser la nature de ceux et celles qui sont responsables de l’agression dont est victime la section espagnole de l’AIT, qu’il s’agisse d’intrigant.e.s qui attendaient leur heure ou d’arrivistes, issus de la génération « la mieux préparée de l’histoire » qui les ont rejoints. Tout comme il faudra, un jour, faire le bilan de leur prétendu « syndicalisme révolutionnaire ».

Ce qui arrive à nos camarades peut être une opportunité de renaissance, de refondation, non seulement de l’organisation anarcho-syndicaliste, mais aussi et surtout de « l’Idée ». Dans un contexte de montée du fascisme, il ne peut être question de laisser le mouvement libertaire espagnol à la merci des courants les plus autoritaires qui se font appeler « spécifistes » une version revisitée du « plateformisme » né à la fin des années 1920, selon lequel pour être plus efficaces, les anarchistes devaient imiter les bolchéviques, soit une approche avant-gardiste qui n’a que mépris pour les « masses ». Parier sur un mouvement horizontal, auto-organisé, est peut-être une utopie, mais choisir le verticalisme et l’autoritarisme est inacceptable et ne peut mener qu’à une nouvelle barbarie.

Communiqué de la CNT-AIT sur sa situation actuelle

C’est avec beaucoup de douleur et aussi de colère que notre organisation, la CNT-AIT, se trouve contre notre volonté à un moment de transition. Personne n’aurait pu imaginer que d’ancien.e.s « compagnon.ne.s », aujourd’hui de la CNT-CIT, se vendraient au capital de manière aussi ignoble, faisant du « syndicalisme » leur fonds commerce ou leur gagne-pain, hiérarchisant une organisation syndicale jusqu’à des limites insoupçonnables, dans laquelle le comité directeur prend toutes les décisions sans donner aucune explication, ni information à ses affilié.e.s. Ils veulent s’approprier de plus de 100 ans d’histoire de la CNT-AIT, avec la complicité de la justice bourgeoise et des tribunaux héritiers du franquisme, ainsi que de leurs laquais de l’État et de la propriété privée.

Dans le premier jugement d’un premier groupe de syndicats de la CNT-AIT, CIT-cntmarquedéposée nous oblige et nous condamne à supprimer de la vie publique (locaux, syndicats, sections syndicales, affiches et réseaux sociaux) l’acronyme CNT, le nom « Confederación Nacional del Trabajo » ainsi que notre symbole et notre logo. C’est pourquoi les démarches récemment entreprises par la CNT-AIT, en vue d’un changement de dénomination, constituent un outil pour nous protéger de l’infâme agression judiciaire à laquelle nous sommes actuellement soumi.e.s.

Dans le cadre de notre processus décisionnel assembléiste, nous procédons actuellement à des changements d’acronymes dans les localités où nous sommes présent.e.s ; et, au grand dam de l’État, du Capital et du syndicalisme domestiqué – y compris celui de la CIT-cntmarquedéposée –, nous ne sommes pas peu nombreux.ses.

Nous ne sommes pas en train de nous dissoudre, loin de là, nous grandissons jour après jour en termes d’adhésions et de présence territoriale.

Tant que la situation ne s’éclaircit pas et que tout ne rentre pas dans l’ordre, de nombreux syndicats qui composent cette Confédération ont décidé de changer d’acronyme au niveau local.

Les décisions au sein l’anarcho-syndicalisme cohérent prennent du temps, et plus encore dans un contexte d’une gravité historique comme celui que nous vivons actuellement. Nos représentant.e.s ne décident pas à notre place, la dynamique actuelle est donc circonstancielle.

La CNT-AIT n’est pas un sigle, mais les personnes qui la composent. Tout commence maintenant.

Vive l’anarcho-syndicalisme et la conscience de classe révolutionnaire !!

Mort à l’État et vive l’anarchie !

Contre toute autorité, nous ne reculerons pas !

Secrétariat permanent de la CNT-AIT

Texte original en espagnol:
https://www.cntait.org/comunicado-de-la-cnt-ait-y-su-situacion-actual-al-pie-del-canon/

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