La Bataille de Valmy par Horace Vernet

Cela n’a pas traîné pour que les pandores s’activent à tout va et on ne compte plus (ou plutôt si, certains comptent, fort heureusement[1]) les quidams à avoir la joie d’une de leur visite plus ou moins musclée voire d’une garde-à-vue pour les plus veinards. Rien d’étonnant. La justice n’est pas toujours juste, loin s’en faut, mais la police ce n’est jamais la justice.

Et, alors que l’on embastille n’importe qui pour n’importe quoi, qu’on réprime les manifs[2] on sort les drapeaux. Bleu blanc rouge. Car il y aurait quelque chose comme une nation dont il faudrait être fier, porteuse de certaines valeurs remarquables : liberté, égalité, fraternité. Et donc si on n’aime pas le drapeau, on n’aime pas les dites valeurs et si on questionne ces valeurs, c’est le mode de vie que l’on n’aime pas… Et ainsi de suite, à force de syllogismes crétins, à l’infini…

Il nous semble que si on veut comprendre quelque chose à ce qui se passe en France, il faut respirer. Cela veut déjà dire sortir sa tête des écrans et réseaux sociaux qui moulinent du n’importe quoi à vitesse grand V : accumulation d’approximations, de délires subjectifs, de citations minuscules reprises et censées porter du sens, de mises en relations fantasmatiques d’évènements étrangers les uns aux autres, etc.

Ce délire interprétatif fait que l’on parle, on se répand, on s’énerve, on maudit, on s’exalte mais personne ne peut dire vraiment à partir de quelle base un peu solide.

Prenons pour seul exemple, cette fameuse république française. Mais qu’est-ce que cela peut bien être que cet objet aujourd’hui ? Très pratiquement, et comme l’atteste la répression policière actuelle tous azimuts, la république c’est la matraque que tu prends dans la gueule au même moment qu’elle est l’espace institutionnel qui est censé garantir ta liberté d’expression ; elle est encore ces camps ignobles aux alentours de Calais dans lesquels on entasse les migrants, invités à y croupir, pendant qu’en son nom les élites politiques en appelle à une fraternité à l’état gazeux ; c’est enfin une ségrégation spatiale, sociale et économique de fait, de tous les instants, en fonction du statut social et de l’origine « ethnique » qui renvoie l’égalité républicaine au rang de bonne grosse farce cynique.

Alors on peut se la raconter, peindre son visage en bleu-blanc-rouge sur le net, arborer un drapeau en nylon, certainement fabriqué par des esclaves dans quelque nomansland asiatique. Mais le minimum de lucidité impose de constater qu’en dehors des rustines misérables et toujours plus poreuses des services publics, il n’y a rien qui ressemble de près ou de loin au fantasme républicain que l’on veut nous fourguer.

Il ne faut pas se laisser bercer par de grands principes creux réactivés à partir d’un moment d’unanimité émotionnelle. Selon quel sournois tour de passe-passe est-on passé d’un émotion collective légitime à l’enrôlement dans cette vieille pièce du théâtre républicain !

A la poubelle les drapeaux, au fronton des écoles et des mairies les vœux pieux (liberté, égalité, fraternité). Nous ne devons pas nous battre pour défendre ce monde en faux-semblants, mais essayer d’en faire advenir un dans lequel la liberté ne serait pas qu’un slogan glapit par un ministre de l’intérieur en plein délire autoritaire.

[1] https://wiki.laquadrature.net/%C3%89tat_urgence/Recensement

[2] https://nantes.indymedia.org/articles/32590