Nous publions ci-dessous un article d’opinion qui nous vient de Montpellier et qui nous a semblé bien informé sur les récents événements en France.

Le climat politique de la France en « guerre » reste aussi sombre que les perspectives d’un accord susceptible d’empêcher la catastrophe climatique globale qui arrive au pas de course. A Paris, où était interdite toute manifestation susceptible d’embarrasser les 150 chefs d’État réunis pour faire le minimum pour le climat et le maximum pour leurs industries nationales respectives, la police a attaqué aux bombes de gaz les quelques centaines qui ont eu le courage de braver l’interdit le 29 novembre et 341 personnes ont été arrêtés. Préalablement, le gouvernement avait évoqué l’état d’urgence pour assigner à résidence 24 militants écologistes et même faire un RAID à mains armées chez un couple de maraîchers bio. Alors que le sort de la planète est soi-disant en jeu à Paris, le premier ministre Valls a déclaré que la « sécurité maximale » était la clé pour la « réussite de la conférence sur le climat. »

La peur qui s’est aujourd’hui emparée de la France offre un contraste désolant par rapport à l’humeur positive nationale qui a immédiatement suivi les terribles attaques du 13 novembre à Paris. Il y a deux semaines, le peuple français défiait bravement la peur en se rassemblant en plein air pour partager sa douleur, proclamer sa solidarité et prouver son amour de la paix et de la liberté. Face à ces sanglants attentats, la réaction des français, françaises et médias a été plutôt saine, humaine, solidaire, pacifique. Admirable nonchalance des Français, défi national à la peur. Ce week-end-là, tous et toutes on craignait, avant tout, une réponse belliqueuse et liberticide à l’instar de Bush aux lendemains du 11 sept. 2001 – avec ses conséquences tragiques et prévisibles d’enlisement dans des guerres sans fin. Un pareil résultat était précisément le but, d’ailleurs déclaré, que cherchaient à atteindre les organisateurs de l’attaque.

Le week-end suivant, après que le Président Hollande avait déclaré la guerre et proclamé l’état d’urgence, les rues étaient désertes (c’est vrai, le froid était arrivé) avec des soldats, armés de mitraillettes, en patrouille. Les nuits étaient ponctuées de raids inutilement brutaux, menés par des forces de l’ordre en mode commando, à l’encontre de mosquées (deux ici à Montpellier), commerces, et résidences arabes. Jamais le gouffre entre la classe politique et le public n’a été plus évident.

“Les noces sanglantes de la répression et du terrorisme ”

Lundi 16 novembre, le Président Hollande a convoqué les deux chambres du Parlement en Congrès à Versailles et, utilisant le langage le plus guerrier imaginable, a appelé à la prolongation de l’état d’urgence pour trois mois et proposé de nouvelles mesures sécuritaires, qui rendront illégal le fonctionnement normal de la démocratie – réunions, manifestations, assemblées, etc. Les parlementaires ont ensuite entonné « La Marseillaise » et, lors de sessions de leurs chambres respectives, ont approuvé ces mesures autoritaires à la quasi-unanimité. Ainsi, le président Hollande, s’enveloppant du drapeau tricolore, a réussi à unir la totalité de la classe politique française, d’habitude si querelleuse, dans une « Union Nationale » belliqueuse, obsédée par la sécurité (tout comme l’« Union Sacrée » de la Première Guerre Mondiale). Désormais, la gauche, le centre-droit “républicain” (Sarkozy et ses rivaux) et le Front National semi-fasciste de Marine Le Pen agitent tous le drapeau à l’unisson.

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a identifié l’ennemi non pas en tant qu’organisation, groupe ou cellule, mais en tant qu’« armée terroriste ». « Nous sommes en guerre », a déclaré Manuel Valls, qui a répété le mot pas moins de neuf fois au cours d’une apparence télévisée de 10 minutes. Nicolas Sarkozy a approuvé, ajoutant que cette guerre « doit être totale ». Le Monde et Le Figaro, tribunes respectives d’un consensus politique à gauche et à droite, sont également d’accord, le rédacteur en chef du Figaro parlant de « guerre contre le terrorisme totalitaire ». Bruno Tertrais, politologue proche du Parti Socialiste, a défendu l’utilisation de l’expression « guerre contre le terrorisme » malgré son association fâcheuse avec la présidence de Georges W. Bush. « Ce n’est pas parce que Bush dit qu’il fait beau qu’il faut dire il fait mauvais », a-t-il déclaré.

Les provisions de l’état d’urgence de 2015 proclamé par Mr. Hollande ont une longue histoire : elles proviennent de l’état d’urgence décrété en 1955 pendant la guerre d’Algérie, qui fut inspiré à son tour par les pleins pouvoirs accordés en juin 1940 par le dernier Parlement de la Troisième République au Maréchal Pétain. L’atmosphère actuelle de guerre civile me rappelle les rues de Paris pendant la lutte pour l’indépendance algérienne quand, sous l’état d’urgence, la police réprima violemment les manifestations anti-guerre des étudiants et tua, au cours d’une marche pacifique en 1961, une centaine d’arabes en jetant leur corps dans la Seine. Un an plus tard, à la station de métro Charonne, huit personnes mourraient en tentant d’échapper à la répression policière brutale d’une manifestation pacifique.

On se rappelle que la « guerre d’Algérie », en réalité une guerre civile dans les trois départements algériens de la France, s’est étendue à la métropole, a fait tomber la IVe  République et a ensuite provoqué une autre guerre civile à l’intérieur de la Ve République avec la révolte des officiers qui refusait la paix en Algérie (l’OAS). Aujourd’hui, avec environ cinq millions d’arabes vivant en France, nous craignons que la « guerre contre le terrorisme international » proposée par le gouvernement ne se double automatiquement d’une guerre civile dans l’Hexagone entre « Musulmans » (sic) et « vrais français ».

Sous l’état d’urgence d’Hollande, les mandats ne sont plus requis pour ordonner des perquisitions. La décision revient entièrement au Préfet, sur la base du critère de la « suspicion justifiée”. Ici à Montpellier un imam –  qui avait notamment tweeté ses condoléances et condamné les attaques du 13 novembre – a été assigné à résidence parce qu’il était considéré comme « turbulent ». Dans la petite ville d’Uzès, l’imam a apparemment disparu et, selon les rumeurs, aurait été déporté. Près de Paris, un commando composé de membres de la police et de l’armée a pris d’assaut le Pepper-Grill, un restaurant familial, sommé les clients (hommes, femmes et enfants) de garder les mains sur les tables et défoncé des portes au bélier. La « suspicion justifiée » ? Le gérant, un arabe français non religieux, utilisait des produits hallal dans ses plats ! Dans un autre raid violent, une fillette de six ans a été blessée.

Peu satisfait d’avoir étendu et renforcé l’état d’urgence, le gouvernement Hollande-Valls propose désormais un amendement pour renforcer encore plus la Constitution Gaulliste déjà autoritaire de la Ve République. Valls, défendant ses mesures d’urgence devant l’Assemblée, a rejeté avec dédain l’idée même d’une saisine du Conseil Constitutionnel pour un examen de la révision de la loi sur l’état d’urgence. Mercredi 25 novembre, dans un nouveau geste guerrier quasi-unanime, l’Assemblée Nationale a approuvé la prolongation des frappes aériennes françaises en Syrie jusqu’en 2016 et le gouvernement a appelé les français à accrocher le drapeau tricolore à leurs fenêtres et balcons. On se demande si leur absence dans les banlieues d’immigrés (où, dans tous les cas, les drapeaux français sont rares) ne fournisse un argument supplémentaire à la désunion du pays en stigmatisant les arabes français comme non patriotes. Pourtant, les responsables musulmans n’arrêtent pas de proclamer publiquement leur refus de l’islamisme terroriste.

Les voix de la dissidence

Face aux postures patriotiques, mesures répressives et tambours de guerre, le peuple français a été réduit au silence. Les voix exprimant une opposition ferme sont rares et difficiles à trouver dans les médias et en ligne. En voici une :

Tandis que l’État se libère ainsi du droit, préférant l’exception à la règle, la société est mise en congé, ou plutôt en quarantaine. Comment sérieusement imaginer que l’on puisse convier les électeurs aux urnes régionales alors même que l’on invite la démocratie à faire silence, à ne pas se rassembler, à ne plus tenir meeting, à ne pas défiler et manifester ? L’argument sécuritaire est utilisé pour fermer la société sur elle-même et vider l’espace public de sa substance. Alors que le défi climatique est un enjeu de civilisation, les autorités arguent des attentats pour fermer les frontières aux citoyens du monde qui se mobilisent pour cette cause universelle. Et les marches internationales de la COP21 sont d’ores et déjà interdites comme le sera, très probablement, toute manifestation de rue exprimant dissonances et dissidences.

Ce sont les mots d’Edwy Plenel, ancien rédacteur en chef du Monde et fondateur du quotidien en ligne Médiapart, un auteur dont les modèles avoués sont Victor Serge et Albert Camus, auquel il emprunte le titre de son article sur l’état d’urgence : « Les noces sanglantes de la répression et du terrorisme ». Plenel rappelle à ses lecteurs que la posture patriotique démagogique de Hollande est du déjà-vu : un réchauffé de Bush, Cheney, le Patriot Act et l’invasion injustifiée et inutile de l’Irak – invasion à laquelle s’opposa la France et qui mena immanquablement à la guerre civile, au chaos régional et à la gestation (en partie supportée par la CIA et l’Arabie Saoudite) de l’État Islamique d’aujourd’hui.

Bien que les mesures de l’état d’urgence de Hollande seront utiles pour étouffer l’opposition et éliminer grèves (à Air France par exemple), manifestations etc. du peuple français, elles sont légalement superflues étant donné que la France, sujette à plusieurs vagues d’attaques terroristes depuis la guerre d’Algérie, possède déjà un arsenal de lois sécuritaires très fermes. Ces lois ont été renforcées en 1982, 1986 et 1995 à la suite de nouveaux attentats à la bombe. Inutiles pour traquer les terroristes, les mesures répressives de Hollande – interdisant les manifestations – ne peuvent avoir qu’un seul but : museler l’opposition nationale démocratique et non violente, comme on a vu à Paris dimanche. Elles servent également à étouffer l’échec flagrant de l’appareil de renseignement français qui, selon les investigations de Médiapart, a laissé deux terroristes très en vue, deux d’entre eux impliqués dans les attentats de janvier contre Charlie Hebdo et un autre dans l’attaque du Bataclan, lui filer entre les doigts.[2]

D’autres voix dissidentes, y compris un appel à « Défier l’état d’urgence », ont commencé à se faire entendre alors que nous approchions dimanche 29 novembre, date à laquelle était prévue des manifestations mondiales pour la justice climatique – y compris la manifestation de 200 000 personnes interdite à Paris. Plus audacieusement, un groupe d’écrivains, professeurs et éditeurs ont publié un appel à la désobéissance civile qui a désormais passé les 5000 signatures sur Facebook. A Paris, Attac et Alternaba avaient déployé une chaîne humaine, les participants se donnant la main le long des trottoirs du Boulevard Voltaire, de la Place de la République à la Place de la Nation. Dans le Midi, le Préfet d’Avignon a interdit les manifestations mais elles étaient autorisées ici à Montpellier. Dans une désorganisation typique, Attac et Alternaba ont appelé à un rassemblement à 13 heures pendant que d’autres groupes de la société civile organisaient une marche à 14h30.

Ainsi, à 13h, nous avons rejoint quelques centaines de personnes, issues en majorité de mouvements alternatifs, qui se sont rasemblés à la Préfecture, en dansant et entonnant des slogans tels que : « Changeons le système, non pas le climat ! », « L’état d’urgence est climatique ». Les participants ont fini par se donner la main, formant ainsi une chaîne humaine, et nous sommes descendu en dansant pour rejoindre la Place de la Comédie 200 mètres plus bas où, je pensais, nous rejoindrions la seconde marche, celle de 14h30. Mais, comme je l’appris plus tard, ils étaient déjà partis, se tenant la main eux aussi. Ainsi, pour des raisons inconnues, les deux chaînes humaines, organisées par deux coalitions différentes, ne se sont jamais rejointes. Pour ajouter au manque de solidarité, les partis de la gauche radicale Trotskiste, prônant les mêmes slogans qu’Avaaz et Cie (quoi de plus marxiste que « Changeons le système, non pas le climat ! » ?) ont refusé de se joindre à ces manifestations de la société civile – au lieu de prendre l’initiative contre l’état d’urgence et pour le climat ou même venir avec leurs propres mots d’ordre et bannières. Le Trotskiste local le mieux connu participait à la marche à titre individuel en rasant les murs. Interrogé sur les raisons de ce boycott officiel (qu’il trouvait « sectaire ») il répondit que son groupe (« Ensemble ! » ) n’avait pas été “invité.”

Comme nous l’avons vu, il y a une division réelle entre la classe politique française et la société civile, division qui s’applique aussi à la gauche radicale. Charlie Hebdo, célèbre pour sa satire anti-patriotique et anti-religieuse, est désormais devenu 100% patriotique et ouvertement islamophobe, mettant dans le “même sac” Daech et ses « amis » du NPA Trotskiste, qui a critiqué l’état d’urgence (mais n’a pas appelé à manifester). De la même manière, la journaliste, féministe et spécialiste de l’Islam Caroline Fourest, toujours critique envers l’Islamisme, est désormais devenue un faucon accompli et une patriote acharnée.[3]

Quant aux syndicats nationaux, ils ont été pour la plupart silencieux après la longue réunion à laquelle Valls avait convié les leaders des confédérations rivales pour les assurer que leurs droits seraient respectés sous l’état d’urgence ; mais les membres locaux du syndicat plus radical SUD ont ouvertement protesté. Nous avons pu observer une toute petite dissension parmi les politiques de la gauche radicale. Un groupe de députés écologistes a voté contre la prolongation de l’état d’urgence, et le Front de Gauche de Mélanchon et Co. gardent profil bas. Le Trotskiste NPA a dénoncé l’état d’urgence et publié une excellente analyse marxiste mais n’a appelé à aucune action spécifique et n’a pas participé aux manifestations organisées par la société civile à Montpellier dimanche. Voilà le bilan de nos avant-gardes organisées !

Pourquoi ?

Si l’objectif des terroristes était d’entraîner la France dans une guerre sans fin et ingagnable en Syrie et de fomenter une guerre civile raciale/religieuse sur le territoire national, ils ont, hélas, réussi – grâce à l’opportunisme de M. Hollande et des socialistes. Enveloppant sa silhouette corpulente dans le drapeau tricolore du patriotisme, Mr. Hollande a mené à bien un coup d’état silencieux au nom de la « sécurité », déclarant une « guerre sans merci » contre la « barbarie ». Ce dernier terme comprend apparemment les droits civiques, la tolérance et la démocratie. Le règne de la peur actuel a été institué non pas par les terroristes (comme l’ont démontré les français galants par leur présence dans les rues les jours suivants les attaques) mais par ce gouvernement colporteur de peur, suivi servilement par la majorité des médias. L’Etat Islamique a tendu un piège et la République Française y est tombé dedans.

La question est pourquoi ? On ne peut pas dire que les dirigeants français n’avaient pas été prévenus. L’exemple négatif du « scénario Bush » a constamment été évoqué – en janvier après l’attaque contre Charlie mais également immédiatement après les attentats de Paris – par les médias et les politiques, satisfaits de leur exceptionnalisme français. Alors pourquoi sont-ils tombés dans le panneau cette fois-ci ?

Il est sans doute inutile de chercher une explication adéquate dans la stratégie géopolitique de la France au Moyen-Orient. Depuis des années, la politique française dans cette région est incohérente. En 2007, le Président Sarkozy recevait sans compter Mouammar Kadhafi à Paris, l’invitant à planter sa tente au beau milieu de la résidence Marigny et lui vendant 5 milliards d’euros d’armement français. En 2008, Sarkozy invitait personnellement à Paris Bashar al-Assad pour le 14 juillet, soi-disant pour lui faire admirer le survol des avions français dernier cri. Puis, dans un revirement soudain, ces hôtes bienvenus et alliés lucratifs sont devenus des dictateurs barbares insupportables, et le « changement de régime » la seule option possible. Ainsi, en 2011, c’est la France qui initia la guerre aérienne qui allait faire tomber Kadhafi et mener à une guerre civile sans fin en Libye, chaos armé qui déborda au Mali – une autre ancienne colonie où la France est empêtrée dans une guerre contre les terroristes islamistes. D’autre part, la France a désormais rejoint les États-Unis dans leur guerre perdue en Iraq et vend massivement des armes aux monarques d’Arabie Saoudite et du Qatar, dont les sujets (mal surveillés?) soutiennent financièrement et militairement l’État Islamique.

De la même manière, Assad, ancien allié de la France, est désormais un ennemi mortel. La France a un intérêt colonial vieux d’un siècle en Syrie, qui fut placée sous mandat français après la répartition des territoires ottomans déchus à Versailles en 1919. (L’Angleterre obtint ce qui allait devenir l’Iraq). Peu importe si cette semaine les français bombardent non pas le régime d’Assad mais l’État Islamique, son rival et ennemi. Hélas, il semblerait que la guerre civile syrienne soit devenue un concours international pour savoir quelle puissance peut tuer le plus de civils syriens. Ces bombes, que la France largue depuis 2011, doivent servir à assurer une place autour de la table à la France le jour où la Syrie sera à nouveau divisée entre ceux qui la bombardent.

Il n’y a donc que très peu de cohérence dans la politique étrangère française et rien qui puisse expliquer la décision historique de Hollande après le 13 novembre de mordre à l’appât jeté par l’État Islamique en déclenchant une hystérie guerrière et en adoptant les pouvoirs d’un dictateur en temps de guerre (comme Clémenceau, également un homme de la gauche, pendant la Première Guerre Mondiale). Si l’explication ne se trouve pas dans la politique extérieure, elle doit se trouver dans la politique intérieure. Comme disent les politologues américains, “All politics is local.” Or, la République française est un régime parfois fragile qui a été renversée quatre fois et souvent menacé par des coups d’état. Étudié sous l’angle de la politique nationale, nous constatons l’évolution suivante :

Avant les attentats du 13 novembre, François Hollande, politicien de parti médiocre, était perçu comme un raté, un perdant sans charisme, un canard boiteux confronté à des élections partielles, incertain même d’obtenir la renomination de son parti pour les élections présidentielles de 2017. Élections où, dans tous les cas, les plans socialistes risquent d’être déjoués, et leurs candidats battus, par Marine Le Pen. Et puis Hollande a eu son « moment 11 septembre ». Tout d’un coup, le président « faible » déclare la « guerre » et décrète l’état d’urgence. Avançant à vive allure, il dépasse Marine Le Pen à droite. Membre de la coalition de Hollande, Marine est désormais libre de débiter en amie des suggestions à la Donald Trump comme détruire des mosquées, procéder à des rafles massives et à des « internements préventifs ». Le premier ministre Valls les accepte poliment (sans vraiment les rejeter !).

Dix jours dans cette « guerre » et les opinions favorables pour François Hollande ont décollé. Il marche désormais à grands pas sur la scène internationale, faisant la tournée des « Trois Grands » (bien que chapeau à la main), posant comme un nouveau De Gaulle, jouant le leader mondial en temps de guerre. Peu importe que le mois dernier, les Etats-Unis et la Russie ont chacun procédé à plus de 2000 bombardements en Syrie, contre la douzaine de la France. Cette parade marche bien à la maison. En 2003, Bush, manquant du soutien des Nations Unies et de la France, a envahi l’Iraq à la tête d’une « coalition des disposés ». Avec la Russie et la Turquie poings levés, la France sera à la tête d’une « coalition des réticents ».

En 1870, Napoléon III, jouant le fanfaron, est tombé dans le piège tendu par le Chancelier Bismark. Il a déclaré la guerre à la Prusse, qui était prête et ne demandait rien de mieux. La France a perdu grave. Avec son coup silencieux, François Hollande, dans le prolongement du charlatan Louis Bonaparte, est pour l’instant parvenu à consolider son pouvoir en déclarant la guerre à un ennemi encore plus grand que la Prusse : le « terrorisme international » (comprenez : les arabes). Si l’histoire nous enseigne quoi que ce soit, la « guerre » de Mr. Hollande aura de tragiques répercussions ici en France, et le malheureux peuple français paiera le prix en sang pour l’ambition personnelle pitoyable d’un politicien insignifiant. D’ailleurs,  la manœuvre politique de Mr. Hollande, devançant Mme Le Pen sur la droite en battant le tambour guerrier, pourra faire boomerang en ouvrant la porte au Front National. « All politics is local ». On verra ça après les régionales de dimanche.

Mais fallait-il que meurent 130 Parisien/nes et des centaines de civils Syrien/es d’Akka pour si piètre résultat ?

 

par Elyane Méry, (Montpellier, 1er décembre 2015)

[2] Les services de renseignement français savaient depuis 2009 qu’Ismaël Omar Mostefaï, un des trois kamikazes du Bataclan, s’était radicalisé au sein d’un groupe en France dirigé par un vétéran djihadiste connu pour avoir planifié des attaques terroristes. Mostefaï avait également été repéré avec le groupe alors qu’il était sous surveillance en avril 2014 et les autorités avaient été informées plus tard qu’il était très certainement parti en Syrie, au même moment qu’un autre futur kamikaze du Bataclan. Mais fin 2014, les services secrets ne savaient plus soù il se trouvait… Un porte-parole du ministère de l’Interieur a déclaré que Mostefaï n’avait pas été “perdu” par les services secrets, puisqu’il n’était pas “sous surveillance” étant donné qu’il n’y avait “absolument aucune information pour la justifier”. http://www.mediapart.fr/en/journal/france/221115/revealed-how-french-secret-services-lost-track-one-bataclan-bombers

[3] http://www.revolutionpermanente.fr/L-extreme-gauche-tombee-du-cote-du-fascisme-De-Charlie-Hebdo-a-Caroline-Fourest